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Le grognement
Grogner et montrer les dents fait partie du
vocabulaire naturel du chien, c’est un fait
acquis.
Je suis très attristée d’entendre encore
conseiller de secouer un chien qui grogne.
Comme si imposer le silence par la
contrainte pouvait un jour résoudre un
problème ! Sans compter que cela aboutit à
un grand danger : Cela dresse le chien à ne
pas grogner, mais seulement à ne pas
grogner, c’est à dire à ne pas avertir qu’il
peut mordre, et dans bien des cas à passer
directement à la phase suivante, la morsure
sans préavis !
Voyons déjà les principales raisons pour
lesquelles un chien peut grogner, que
cherche-t-il à dire ?
« J’ai mal» Beaucoup plus fréquent qu’on ne
le croit, ce grognement doit alerter sur un
éventuel problème de santé, sur une blessure
passée inaperçue, une articulation
douloureuse, une otite, un problème de
dents, ou même un malaise général. Le chien
grogne, exactement comme vous allez réagir
par exemple le jour où quelqu’un risque de
heurter votre cheville gonflée par une
entorse. Ne perdez pas de vue que le chien
est généralement très dur à la douleur, donc
ce signe doit vraiment vous alerter.
Inutile dans ce cas de préciser que gronder
le chien ne va pas le soigner, et est
parfaitement injuste.
« J’ai peur » Si le chien est acculé, n’a
aucune possibilité de fuir une situation qui
le met très mal à l’aise, le seul moyen pour
lui d’émettre « n’approchez pas, ou je ne
réponds plus de rien » est bien évidemment
de grogner. Ne pas tenir compte de cet
avertissement est la meilleure façon de
s’exposer à se faire mordre. C’est l’exemple
classique du chien paniqué par l’orage ou
les pétards, qui se réfugie sous un meuble,
et qu’on déloge de force en ignorant ses
mises en garde.
Gronder le chien à ce moment ne va
qu’ajouter à sa confusion. Et après quelques
tentatives, le chien sautera l’étape de la
mise en garde, pour en arriver à mordre
d’une façon qui sera ensuite qualifiée de
sournoise, par ceux la même qui lui ont
interdit de s’exprimer clairement.
« Je défends » Avec les deux composantes :
défendre contre, et interdire. Défendre son
territoire, son os, ses privilèges, ses
petits. Dans ce cas, il est très important
d’analyser la situation, et de rester
cohérent.
Si vous félicitez votre chien parce qu’il
grogne pour éloigner les galopins qui font
du bruit devant votre portail, ne vous
offusquez pas qu’il grogne lors de la
première visite de votre neveu!
De même, une mère va naturellement protéger
ses petits, tout le monde peut le
comprendre.
Le problème surgit lorsque le chien s’adjuge
des privilèges qui ne sont pas acceptables.
On ne peut pas admettre qu’un chien grogne
pour interdire l’accès à un fauteuil par
exemple, parce qu’il est inadmissible que le
chien s’adjuge la propriété du fauteuil.
Mais ce n’est pas le fait qu’il grogne qui
est à réprimander, c’est le fait qu’il
puisse y penser qui est à modifier, en
amont. Répondre au grognement par une
agressivité dirigée vers le chien, c’est
accepter le défi, c’est donc conforter le
chien dans sa position . Céder et laisser
faire est tout aussi mauvais. Il faut donc
changer immédiatement les idées du chien par
une autre activité, ou l’interloquer
produisant un bruit violent « venu du ciel
».
Joëlle Caverivière
     

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