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La punition
C’est fou ce que les humains peuvent être
inventifs quand il s’agit de prodiguer des
conseils d’éducation canine. Et les idées
les plus fausses semblent malheureusement
les plus répandues :
- une bonne rouste, il saura qui est le
maître
- mets lui le nez dedans, il ne recommencera
plus
- frappe le avec un journal, sinon il aura
peur des mains
- tire un bon coup sec sur la laisse…
La punition est elle vraiment le genre de
relation qu’un maître veut établir avec son
chien ? Où est la confiance, la coopération,
en un mot le bonheur d’être ensemble ?
Essayons de raisonner « chien » (c’est à
dire au présent) et d’observer l’utilité de
la punition, dans une séquence imaginaire de
ce genre :
Vous avez soif… et vous avez été kidnappé
par des martiens … tout le monde sait que
boire est un outrage chez les martiens… sauf
vous. (Bon, je sais, c’est idiot, mais pas
plus que beaucoup de nos règles sociales
humaines ne doivent l’être aux yeux de nos
chiens !!!)
Bien avant de boire effectivement, vous
allez vous mettre en mouvement pour trouver
un récipient et un liquide. Si à ce moment,
les martiens deviennent menaçants, vous
hurlent après, que pouvez vous en comprendre
? Que vous avez marché à un mauvais endroit
? Qu’il ne fallait pas bouger ? pas toucher
ce récipient ? pas se lever ?
Si après votre retour, alors que vous avez
eu le temps de faire ou de prévoir bien
d’autres choses, les martiens s’énervent,
vous frappent même, encore une fois, que
pouvez vous en comprendre ?
Vous voyez que la seule possibilité des
martiens serait d’émettre un signal
dissuasif à l’instant précis où vous
approchez le verre de vos lèvres pour la
première gorgée. Là et là seulement, vous
pourriez –éventuellement- comprendre que
c’est sur le fait de boire que porte
l’interdiction.
Pour éduquer votre chien, le plus gros
secret est d’oublier les conjugaisons, de se
forcer a penser au présent, et de ne réagir
qu’au présent. Et même ainsi, les risques de
mauvaise interprétation par le chien rendent
les choses tellement hasardeuses qu’il faut
admettre une fois pour toute que la
correction ne sert qu’à défouler les nerfs
du maître, mais n’a que fort peu de chance
d’avoir un effet positif sur l’éducation du
chien.
De plus, puisque le chien cherche toujours à
se mettre dans les conditions les plus
satisfaisantes pour lui, on voit vite que la
punition, même lorsqu’elle est correctement
employée, exige une gymnastique mentale
intense : « je ne vais pas faire cela pour
ne pas avoir une expérience désagréable ».
Bien sur la nature prodigue ce genre
d’enseignements : Je ne touche pas une
flamme pour ne pas me brûler. Mais il s’agit
toujours de notions très basiques, où il n’y
a pas de fausses interprétations possibles,
et qui surtout sont toujours
systématiquement vérifiables.
Joëlle Caverivière
     

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