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Le regard
Pendant mon enfance, j’ai entendu deux
phrases totalement contradictoires :
- regarde moi quand je te parle.
- baissez les yeux, Mademoiselle l’insolente
!
Je ne souviens surtout de cela à l’époque où
j’ai quitté l’école primaire, pour rentrer
dans ce qui s’appelait à l’époque le lycée,
monde étrange où l’affectif n’avait plus sa
place.
Selon l’interlocuteur, un regard direct chez
un enfant était une marque de franchise, ou
une insolence, et à l’inverse baisser les
yeux était soit une marque de culpabilité,
soit une marque de respect.
Je ne savais plus vraiment ce qu’on
attendait de moi, mais à l’époque, bien sûr,
je n’ai trouvé qu’une réponse d’adaptation,
par tâtonnements.
Et finalement, j’ai trouvé une règle, qui
m’a largement simplifié la vie :
Il suffisait de ne pas regarder les gens
qu’on vouvoie, et de regarder franchement
ceux qu’on tutoie. A cette époque (et oui,
je vous parle d’un temps que les moins de 40
ans ne peuvent pas connaître), la révolution
de 1968 n’avait pas encore eu lieu !
Le regard a quelque chose d’étrange, il
véhicule quantité de messages, sans que l’on
en soit conscient. Mon regard était-il
réellement différent d’une personne à
l’autre, ou est ce la personne elle même qui
le lisait différemment, à cause de sa
culture ou de ses attentes ?
Quel rapport avec les chiens ?
Chez les mammifères, les dilatations de la
pupille permettent de savoir l’état
d’excitation d’un individu.
Un chat qui va sauter sur sa proie a soudain
les « yeux qui s’agrandissent », la pupille
devenant soudain immense.
Ainsi donc, on peut imaginer qu’en cas de
conflit, celui qui ne peut observer les yeux
de son adversaire part avec un handicap,
puisqu’il n’a pas une information qui va lui
permettre d’anticiper une attaque.
De même, les pupilles réagissent aux
émotions positives, et nos pupilles montrent
notre plaisir ou notre joie. Observez les
yeux (d’ailleurs nous le faisons
instinctivement) d’un enfant découvrant une
bonne surprise !
Si un chien pouvait lire ce qui précède, il
se demanderait vraiment pourquoi je parle
d’une évidence aussi primaire !
Votre chien, le votre, celui qui vous
connaît parfaitement, va adorer que vous le
regardiez dans les yeux, quand vous lui
donnez à lire votre joie de le voir. Combien
de fois ma chienne et moi avons nous de ces
brefs échanges, qui amènent un sourire sur
mon visage, et un frétillement de son fouet.
Mais ce chien étranger, qui ne vous connaît
pas, qui est sur la défensive, va se sentir
désarmé et agressé par votre regard. Le plus
souvent, il va alors vous regarder aussi
fixement, et la moindre variation de vos
pupilles sera pour lui un déclencheur
puisqu’il pensera que vous allez passer à
l’action. (Et ce, même si vous ne faisiez
que penser « quel beau chien »).
Joëlle Caverivière
     

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