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Hiérarchie et dominance
Une grande majorité des
problèmes rencontrés dans la relation
homme-chien vient de notre incompréhension
de l’organisation sociale apte à rendre un
chien heureux.
Bien sur, des années de vie dans nos foyers
ont changé le loup en chien domestique, mais
l’observation confirme que l’organisation
sociale du chien n’a finalement pas
énormément changé : Le lien qui unit les
loups entre eux est le modèle que le chien
(toutes races confondues) va espérer trouver
dans ses relations de groupe, c’est à dire
avec sa famille humaine et avec ses
congénères.
Or nous avons, nous autres humains, tendance
à mélanger les notions de hiérarchie et de
dominance, et à les saupoudrer de sentiments
humains de frustration ou de jalousie.
Pour résumer, on peut dire que la hiérarchie
est le résultat d’un accord mutuel fait de
respect, ce qui aboutit à donner le plus
grand pouvoir décisionnel à celui qui
présente les meilleures capacités, pour le
meilleur confort du groupe.
La dominance, elle, sous-entend interdits,
contraintes, voire affirmation physique de
son pouvoir, et ces manifestations (défis)
ne sont utilisées que très ponctuellement au
sein de la meute, lorsqu’un des membres se
sent en droit de demander une révision de
son statut. Dès qu’il y a accord, ces
manifestations n’ont plus lieu d’être.
La notion très importante est donc que la
hiérarchie réside plus dans la coopération
(par le chien) que dans la contrainte (par
le maître).
De là, on voit immédiatement que l’attitude
des maîtres qui multiplient les interdits
aléatoires et deviennent « physiques » pour
affirmer leur autorité sur leur chien est
totalement en dehors des codes de vie du
chien. Le chien ainsi traité n’aura pas de
respect, mais sera perturbé et anxieux. Il
se sentira alors en droit de répondre par
des comportements menaçants à ce qui est
pour lui une manifestation de défi.
De même, ne pas être sûr de la compétence
d’un maître fluctuant, qui n’assume pas sa
position et laisse au chien trop de
latitude, est une situation très
déstabilisante.
En effet, la hiérarchie de la meute n’est
pas immuable, et est renégociée à chaque
fois qu’il en est besoin, c’est à dire
lorsqu’un individu estime sa position
injustifié (l’une des exemples est la
puberté d’un individu).
Ce qui explique le désarroi que connaissent
certains maîtres, dont le chien change de
comportement vers 18 mois. Le chien n’est
pas fou, pas méchant, il fait juste une
crise d’adolescence, et il convient alors de
rester ferme, sans agressivité,
éventuellement de modifier les privilèges du
jeune adulte vis à vis des autres chiens de
la maisonnée, tout en multipliant les
occasions où le jeune adulte va trouver une
gratification agréable, de la part de tous
les humains.
Un autre point où l’erreur humaine est hélas
fréquente : Il n’existe pas d’ex-æquo.
Vouloir traiter 2 chiens exactement de la
même façon « pour qu’il n’y ait pas de
jaloux » est juste le meilleur moyen d’avoir
deux chiens malheureux, qui vont être forcés
de se défier constamment pour s’évaluer. Il
est normal, dans le code des chiens, que le
plus fort soit nourri en premier, caressé en
premier, qu’il s’approprie les jouets ou
friandises des autres. Et contrairement à ce
qu’on pourrait penser, favoriser le moins
fort ne rétablit pas un équilibre, mais
génère de l’inconfort pour le faible, et de
la frustration pour le fort. Le conflit
devient inévitable.
Il serait d’ailleurs intéressant de nous
interroger, nous-même, sur notre propre
façon de vivre les notions de hiérarchie et
d’autorité. Il est tellement plus facile de
coopérer avec un supérieur compétent et
valorisant, alors que le « petit chef »
éveille en nous frustration et agressivité !
Joëlle Caverivière
     
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