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COMPORTEMENT - ÉDUCATION
  Les médias

L'émission reportage sur TF1.

Les comportementalistes et les dresseurs.

Samedi 16 mars 2007, rediffusion dans les nuits :
- du 20 au 21 à 01h30
- du 25 au 26 à 02h50
- du 28 au 29 à 04h10
- du 29 au 30 à 01h50.

Dresseur, comportementaliste, vétérinaire comportementaliste... Il manquait les éducateurs canins justement, ceux avec méthodes positives…

Dans leur ordre d'apparition à l'écran : M. Hervé Pupier représentait les dresseurs utilisant la relation dominant dominé sur le chien, "ancienne façon" comme a dit le présentateur.

M. Michel Chanton était présenté comme formateur de comportementalistes.

M. Joël Dehasse, vétérinaire comportementaliste belge, était le troisième professionnel présenté lors de ce reportage.

J’ai trouvé l’émission réaliste, malheureusement réaliste même peut-être, sur certains points. Ils ont bien fait de dire que c’était à chacun de décider et que les conflits entre certains professionnels n’intéressent que les spécialistes. Le tout ne dure qu'une demie heure, mais j’ai personnellement regretté beaucoup de choses…

Comment se fait-il que je me sois reconnue dans ce que dit et fait Joël Dehasse, alors que les spectateurs vont penser qu’il faut voir un vétérinaire comportementaliste pour avoir un tel interlocuteur ???

Il n'a jamais parlé de médicaments, et rien ne m'aurait permis de deviner qu'il était vétérinaire ! J'ai vraiment entendu parler un confrère. Et chapeau, brillant.

Ce que je regrette le plus en ce qui concerne les comportementalistes :

Pourquoi Michel Chanton a-t-il fait passer en priorité dans ses messages, ce qui a été retenu au montage en tout cas :

1- Ne pas voir le chien lors des consultations, en disant "si le chien parlait, je le recevrais volontiers".

2-  Il est en colère contre les vétérinaires.

Est-ce que ce sont les premiers et les plus importants de nos messages ?

Ne peut-on comprendre que le langage verbal ?

1- Nous sommes une majorité de comportementalistes à voir les chiens, et d’ailleurs nous avons bien vu que même si le vétérinaire comportementaliste Joël Dehasse reçoit avec le chien, il demande des descriptions du comportement et ne s’occupe pas vraiment du chien ! 

Il est bien souvent nécessaire de voir le chien pour une raison simple : il parle ! Qu'est ce que notre métier si ce n'est savoir "lire" le chien ?

Du coup M. Pupier insiste aussi sur son incompréhension à ne pas voir le chien. Il serait plus sain de dire dans quels cas et pourquoi, parfois, il n’est pas nécessaire de voir le chien. En général le maître le sait lorsqu'il vient demander des conseils sans avoir besoin de montrer son chien.

2- Joël Dehasse a été brillant, il n’y a pas de quoi être en colère contre sa prestation, et il n’est pas constructif de maintenir un conflit entre les professions.

Du coup, où est passé la systémie* pour parler du comportementaliste ?

Même sans utiliser le terme lui-même, il aurait été si simple d'expliquer que l’avancée proposée par le comportementaliste depuis le simple dressage, est de ne pas s’occuper uniquement du chien mais AUSSI du maître et de leur relation.

On doit s'occuper des maîtres et de la relation EN PLUS et non à la place de s'occuper du chien.

(L’émission n’a pas différencié les vétos des vétos comportementalistes par contre, il peut y avoir confusion pour le public. Je me permets de rajouter que les jeunes vétérinaires en formation bénéficient maintenant de cours de comportement lors de leurs études générales, ce qui n'a pas toujours été le cas).

Le comportementaliste ?

Il demande l’histoire du chien et la description des comportements, pour l’expliquer au maître (là on voit que le dresseur laisse ses clients dans un grand inconfort) et proposer des changements personnalisés, etc, etc. C'est ce que Joël Dehasse a montré. Sa cliente avec son berger australien a bien montré aussi qu’un exercice éducatif faisait partie des outils du comportementaliste, qui en même temps se préoccupe de la psychologie du maître.

J’ai apprécié que Joël Dehasse explique que beaucoup de dresseurs ont encore des méthodes consistant à faire peur au chien (avez-vous noté les signaux de stress / peur du berger belge malinois avec "l'ancienne méthode"…).

Il a aussi bien demandé à la dame avec sa petite bergère de 10 mois si elle était d’accord avec sa méthode, et il explique bien le pourquoi, jusqu'à la compréhension.

NB : Il me faut préciser que je trouve courageux de dire qu'on utilise la faim et non la nourriture (mais c'est la même chose), ce qui ne signifie pas du tout d'affamer le chien, mais de lui distribuer sa ration à l'occasion des exercices demandés, et de façon à associer le nouveau comportement du chien à des souvenirs très agréables, de façon à mieux fixer le comportement souhaité.

J’ai apprécié ce qu’a dit la stagiaire de Michel Chanton sur ses motivations à se former, en ayant consulté un comportementaliste pour sa propre chienne, après échec auprès des vétérinaires (un vétérinaire non comportementaliste n'était pas formé à la connaissance du comportement des nombreuses espèces qu'il apprend par contre à soigner). Comme quoi le point principal consiste à aider les gens à savoir qui consulter dans leur situation personnelle.

Par contre j’ai été dérangée par le mot « adepte » utilisé pour parler des stagiaires, ou « séminaire new age », suivi par la séquence où Michel Chanton dit « vous n’avez plus le droit de penser que... ».

Qui est professionnellement responsable de ses actes ?

J’ai trouvé le début de l’interview de Joël Dehasse pas très clair quand il parle de responsabilité dans ce qu’il fait, comme si ceux qui ne sont pas vétérinaires n’en avait pas. Il faut certes un bon niveau général pour devenir comportementaliste, mais la seule vraie limite du non vétérinaire n'est que la prescription de médicaments.

Soyez certains que tout professionnel déclaré est parfaitement responsable de ses actes, peu importe sa formation.

Les tarifs qui ont été donnés peuvent être prohibitifs pour beaucoup, 120 euros pour le vétérinaire comportementaliste, par visite, et certes une séance par semaine pendant 6 mois avec le dresseur, mais 2000 euros à dépenser. Avec la méthode de Joël Dehasse, on voit des résultats en 15 jours par contre, sans connaître le nombre de visites.

Le dresseur ?

Il a plus tendance à engueuler ses clients, à leur faire des reproches. La voix off parle bien du « partisan de la méthode forte », et des maîtres qui "essayent de se faire violence sur le terrain".

On voit des maîtres qui culpabilisent, qui disent « ce n’est pas bien, mais », qui disent « c’est lui qui me domine » en parlant de leur chien. Au contraire de la culpabilisation, Joël Dehasse insiste bien sur la déculpabilisation dont les maîtres ont besoin.

Même si on a pu constater qu’avec le dresseur « ça marche, le malinois ne mord plus », il est dommage que les spectateurs ne puissent pas accéder à plus de compréhension car les signaux de peur ne sont pas expliqués. Essayez de les voir !

On voit aussi une dame qui décrit les comportements de son chien et qui ne les comprend pas parce qu’on ne les lui a pas expliqué sur le terrain de dressage. Elle dit clairement que son chien "se gratte et cherche des subterfuges pour ne pas l’écouter" ! Ce sont de merveilleux signaux calmants envoyés par son chien !!!

Il y aurait de quoi la féliciter pour ses observations très justes, et elle serait peut-être venu sur le terrain avec son mari, au lieu que Hervé Pupier s’étonne que le mari soit venu « sans sa dame ». Elle n’a peut-être pas envie de se faire violence, comme dit le commentateur, « l’école qui marche, c’est celle qui vous correspond ».

Françoise Bivel

Je précise avoir suivi la formation de Michel Chanton.

* Systémie : se rapporte au mot système, comme dans système scolaire, système de reproduction, système respiratoire, écosystème... Considérer toute chose par rapport à un ensemble, à son système d'appartenance. L'interdépendance des êtres qui partagent leur vie, comme le maître et son chien, rend impossible de considérer l'un sans l'autre.