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  Le chien éduque le maître - le droit à l'erreur
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  Les défauts du chien et comment il nous récompense

IV- La constance de l'apprentissage
et
les causes de désobéissance.

Les premiers résultats ont été faciles à voir avec Dotchka, car au départ, elle m'attendait aplatie dans la neige, et elle ne comprenait pas pourquoi je venais la caresser. Les débuts d'un travail de longue haleine se sont faits en faisant travailler la chienne en tête de mon attelage, mais pas en tête du groupe, donc il y avait des attelages devant elle.

Les virages en montée étaient pénibles et j'avais besoin d'aide. Pendant que je montais le talus avec une chienne tirant vers la piste que je lui faisais quitter (quelle panique !), quelqu'un poussait le traîneau (chargé…), jusqu'à ce qu'il soit assez haut placé dans le virage pour que je lâche les chiens et que le traîneau pivote dans la bonne direction.

Quand il y avait un chemin à l'extérieur du virage, c'était physiquement plus facile, mais dans tous les cas, je me trouvais dans une situation identique : la chienne croyait que je lui faisais faire une erreur ! Donc elle refusait d'obéir et paniquait. En plus, à chaque fois qu'on revenait dans la bonne direction, je lui prouvais bien qu'elle avait finalement raison.

Je ne sais pas combien de temps il a fallu pour qu'elle commence à monter les talus ou à prendre les chemins à l'extérieur du virage. Au début elle a montré des hésitations par ses aller-retour du regard ou de la tête, et les chiens derrière elle avait vite raison de ses hésitations ! Il fallait encore aller chercher tout l'attelage, excité de ne pouvoir avancer, et emmener tout le monde à la main.

Ensuite elle a commencé à prendre la bonne direction, appuyée d'encouragements à la voix, d'autant plus motivés par l'économie d'effort que j'allais gagner !!! Je crois aussi que l'esprit de coopération avec Dotchka, à côté d'elle dans l'effort, a bien contribué à ses progrès. J'avais largement le temps de la féliciter et de l'encourager à ses moments. Lorsque nous nous arrêtions, sans raison, pour une pause, j'allais la voir en la félicitant, mais je devrais dire en la remerciant, car cela recouvre mieux mon sentiment, et au lieu de s'écraser, elle levait la tête avec un frémissement de la truffe, j'y voyais des expressions de fierté, et des émotions contradictoires aussi, qui se traduisaient par un piétinement des pattes avants, ou ce petit mouvement de bouche comme pour goûter.

Au bout de longues journées d'effort, j'ai eu une chienne de tête se jetant avec entrain à l'extérieur de chaque virage, luttant parfois pour entraîner les chiens derrière elle, jusqu'à ce que je lui indique de reprendre la bonne direction.

Bien plus tard, j'ai eu une autre occasion de voir ce petit message de fierté envoyé par la rapidité de réponse du chien qui dit "tu vois, je me souviens et j'ai compris".

J'avais une fois envoyé Dotchka devant, pour traverser un ruisseau, large mais très peu profond, il n'y avait que 10 cm d'eau. Elle a longé le ruisseau, qu'à ça ne tienne, une fois l'attelage largement le long du ruisseau, je lui demande d'aller à droite ! Elle m'a fait un savant demi-tour pour longer le ruisseau ! J'ai essayé plusieurs fois de la faire traverser, pensant qu'elle allait comprendre mon insistance, mais peine perdue, ma demande était inaccessible, le ruisseau faisait comme un mur dans sa tête.

La solution était simple, mettre les pieds dans l'eau… Sa compréhension et aussi son soulagement ont été immédiats. Mon pied qui a embarqué de l'eau a attendu le soir pour le soulagement !

Quelques semaines après et dans un autre endroit, j'ai eu l'occasion de lui demander de traverser un ruisseau, et un petit quelque chose dans sa manière de répondre à l'indication montrait bien cette joie de la compréhension.

Elle a même réussi à prendre l'aplomb nécessaire à s'imposer aux autres chiens, comme elle l'a fait une fois pour ne pas laisser les trois autres chiens de l'attelage partir entre les arbres pour suivre un sanglier. Par contre, je jour où des chevreuils sont passés devant nous, sachant que j'avais neuf chiens dont une jeune groenlandaise juste derrière Dotchka, je n'ai pas hésité une seule seconde à coucher mon traîneau, car la pauvre a été obligée de descendre le talus à reculons !



Il est donc bien plus facile de graver de bonnes habitudes que de combler les "rayures" pour imprimer un nouveau comportement, ce qui est bien sûr possible, avec de la patience mais aussi des limites.

D'autre part, un chien a sa notion de ce qu'il faut faire, de ce qui est juste et de ce qui est possible ou non, dans son monde à lui, et la principale cause de "désobéissance" est bien la non compréhension.

La répétition, la récompense et la confiance sont nécessaires pour persuader un chien de faire ce qu'on lui demande. D'autre part, un chien a besoin de stimulations mentales autant que d'exercice physique dans sa vie, tout comme nous.

 



Françoise Bivel