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  Le chien éduque le maître - le droit à l'erreur
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  Les défauts du chien et comment il nous récompense

V- L'éducation se fait dans les deux sens,
le droit à l’erreur.

Avant d'insister parce qu'on veut une obéissance absolue, il faut aussi savoir lire le refus d'un chien, c'est à dire comprendre. Quel sont les messages qu'il nous envoie ? Il y a des codes qui s'instaurent dans la communication. A traîneau, il ne faut pas oublier que notre chien de tête en grand attelage est à largement 15 mètres devant nous, donc sa vue est précieuse !

Par exemple, mon collègue ne pouvait pas faire confiance à sa chienne de tête sur un point. Si elle s'arrêtait et hésitait, il savait que c'était de son intérêt d'aller voir ce qui se passe ! En effet, elle obéissait sans hésiter à la moindre insistance de sa part, ce qui lui avait déjà valu des sauts à traîneau.

Avec Dotchka, je pouvais insister plus, mais comme je n'ai pas le ton militaire, cela revient à la questionner, et à lire plus de messages de sa part avant de me déplacer. On savait toutes les deux qu'il s'agissait d'échange d'informations, et si elle me signalait simplement une plaque d'herbe déneigée, une caresse pour la remercier et je pouvais repartir au traîneau. Là elle avançait sans hésiter sur l'herbe si je lui demandais. Si je lui demandais de tourner, je la laissais adapter ma commande de direction en fonction du meilleur passage.

Il lui arrivait aussi de prendre des libertés avec mes ordres de directions, et elle avait une certaine manière de le faire, en étant comme « pétillante », ce qui m'indiquait qu'elle prenait une initiative justifiée, donc je regardais, et je trouvais toujours une bonne raison à ses choix, évidemment une bonne raison pour elle !

Cela veut donc dire qu’elle avait une notion acquise des endroits où l'on passe, et de ceux où on ne passe pas, et qu’elle réutilisait son expérience passée en s’adaptant à la situation présente, donc avec une certaine réflexion.

Il a fallu aussi, pour augmenter la communication entre nous, que j’aille plus loin que oui et non, que autorisé et défendu, que obéir et désobéir.

Cette nécessité s’est surtout vue dans l’utilisation des commandes de direction. Après une période d’inactivité, Dotchka oubliait sa gauche et sa droite ! Et elle a trouvé toute seule comment faire pour que je lui rafraîchisse la mémoire !

Elle choisissait une direction au pif, et attendait que je la corrige. Je sais que ce choix avec une chance sur deux était volontaire et intentionnel pour que je lui communique le renseignement. Elle avait une manière trop rapide de se jeter à un endroit, et une réaction fulgurante pour corriger sa direction. Je sentais très bien son attention. En plus, elle l’a toujours fait, et c’était flagrant en début de saison.

Je ne pouvais pas décemment utiliser un non désapprobateur comme si elle avait fait une erreur, puisqu’en fait elle me posait une question ! Alors, j’ai changé le mot « non » en « nan », et j’ai surtout changé le ton.

Quand je disais « non », mon ton était sec et indiquait une urgence, un rappel à l’ordre pour reconnecter son attention rapidement. Je disais également « non » quand elle voulait trop imposer son avis et que je voulais absolument faire passer le mien.

Par contre le « nan » avait toujours un ton rieur, un peu moqueur, traînant. C’est le ton que vous utiliseriez si vous aviez demandé à quelqu’un de deviner votre âge et qu’il commence très bas, augmentant d’un an à chaque tentative, et que vous dites inlassablement « plus… plus… ».

C’est fou ce que cette manière de communiquer avec un chien crée de la complicité, je crois même que ça amuse les chiens !

Il y a un détail important, je crois que c’est le chien qui propose sa manière de communiquer, et qu’il faut vite y répondre. Un chien laisse vite tomber si vous ne saisissez pas assez rapidement ! Si c’est nous les humains qui proposons une communication et que le chien ne saisit pas vite, il est trop vite mal à l’aise, et cela nuit à son sens de l’initiative, cela le bloque. Par contre, lorsqu’on répond à sa communication, il tente de plus en plus de communiquer et de se faire comprendre. Certains chiens me paraissent plus doués que d’autres, et ce qui réussit avec un chien ne sera pas forcément compris par un autre. Dotchka et moi avons formé une autre chienne, la fille de Daisy, mais elle n’a par exemple jamais compris qu’elle pouvait essayer quelque chose pour me demander si c’était juste ou faux.



Un chien peut bien sûr utiliser ce qu'il apprend (et non seulement ce qu'on lui apprend) avec de l'initiative, et l'éducation canine n'est pas qu'à un seul sens, car on peut discuter avec son chien. Cette manière de communiquer ne peut certainement pas avoir beaucoup de place dans une éducation autoritaire où on a toujours raison et où le chien doit juste s'exécuter. Pourtant, même avec un chien, il y a de la place pour autre chose que autorisé défendu. La peur de se faire dominer par son chien est certainement aussi un obstacle à ce type de discussion avec son chien !
 

 



Françoise Bivel