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II- Le mental du chien de tête.

La position de chien de tête est fatigante, surtout en randonnée et sur de longues distances. Ce cas de figure étant le plus typique, c'est celui dont je vais vous donner l'exemple. Lorsqu'il faut faire la trace, ce poste est fatigant physiquement, mais la plus grosse fatigue est mentale.

Afin de réserver leur effort, certains chiens de tête ne tirent pas, comme pour dire qu'ils ont autre chose à faire. Pour limiter leur effort tout autant que le stress, il est tout à fait possible de mettre deux chiens en tête, surtout en course, mais plus rarement en randonnée et lorsqu'on demande au chien un travail précis.

Que demande-t-on à un chien de tête ?

On lui demande bien sûr de prendre la direction demandée afin de conduire attelage, et bien d'autres choses. C'est le premier chien qu'on atèle, et il doit garder la ligne de trait tendue, ce qui sera également indispensable à chaque arrêt.

Ce sont les grandes lignes, car tout le reste est une succession de petits détails. Et les apprentissages généraux doivent pouvoir s'adapter au contexte. C'est peut-être pour ça que je n'ai jamais fait d'exercice d'éducation, mais que j'ai toujours travaillé en situation réelle, à part enseigner les ordres de direction à pied et en laisse, et encore !

J'ai travaillé en montagne pendant quelques saisons avec Daisy et Dotchka, la première étant une samoyède, et la deuxième une petite husky blanche.

Daisy s'est avérée une bonne chienne de tête tant qu'il y avait une piste bien tracée ou d'autres attelages devant elle. Ayant appris son rôle sur des chemins en forêt, ses limites sont apparues lorsqu'il a fallu se diriger sur des champs de neige vierge. Elle était alors complètement incapable de continuer à comprendre la notion de droite et gauche, et je l'ai vu se jeter avec soulagement sur une trace d'oiseau légèrement imprimée sur la neige ! Ce n'était pas qu'une question de dressage, car ce que je lui demandais paraissait tout simplement lui être inaccessible.

J'ai alors continué de former Dotchka, malgré des inconvénients de départ qui me paraissaient insurmontables, raisons pour lesquelles on me l'avait donné, avec un grand coeur pour elle. Cette chienne soumise avait mieux sa place au milieu de samoyèdes qu'au milieu d'une meute de groenlandais qui l'écrasaient, de même que sous l'autorité, excessive pour elle, dont devait faire preuve le "patron" avec des chiens de gros caractère.

On sait très bien que le chien ne peut pas dépasser un certain temps de concentration, et que le travail mental est fatigant. Cet aspect est important pour un chien que l'on fait travailler de façon courte en club, et la concentration est abordée différemment lorsqu'on randonne des journées entières !

Il faut gérer le repos mental du chien, être tolérant avec ses erreurs dues à la fatigue, et savoir comment le laisser se reposer en le sollicitant moins. Il faut aussi planifier autant que possible sa journée, et savoir retirer certains stress qui viendraient se cumuler.

On peut aussi le mettre au repos à l'arrière de l'attelage s'il le souhaite et l'accepte, en utilisant un autre chien sur les parties faciles.

 



Françoise Bivel