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Sumo
Histoire de « SUMO » le samo
à la tête bien faite.
C’est
dans la bonne ville de TROYES, en l’an de
grâce 1997, à l’intérieur du palais des
expositions très exactement, que nos routes
se sont croisées :
-
Lui,
chiot de 8 semaines, présenté avec sa
fratrie à l’admiration des visiteurs
d’un salon dédié aux chiens de travail
-
Et
moi, affectée à la présentation de
démonstrations de chiens guides
d’aveugles.
A l’extérieur du bâtiment,
une superbe meute de samoyèdes adultes
démontrait ses qualités à l’attelage, sous
la houlette de leur éleveuse et musher
Françoise Bivel.
J’ai le souvenir très net de
n’avoir accordé de la journée, aucun intérêt
à cette marmaille immaculée. Mon ignorance
crasse, à l’époque, de ce qui concernait les
chiens nordiques, me les faisait tous
étiqueter comme fugueurs, hurleurs et tueurs
de poules donc inintéressants comme recrues
pour le guidage d’aveugles.
Françoise eût tôt fait de me faire réviser
mes certitudes et plus que de me vanter les
qualités multiples des samoyèdes, me proposa
le don d’un chiot à titre d’essai pour une
formation future au guidage de déficient
visuel. Connaissant parfaitement ses
troupes, elle choisit elle-même « l’élu » et
me présenta au sein de sa meute d’adultes,
le père, la mère, la tante et une bonne
partie du reste de la famille du chiot
désigné.
Sur la route de retour en
Seine et Marne, je n’étais pas franchement
satisfaite ; sans famille d’accueil dans
l’immédiat pour héberger ce chiot, cette
mission m’incombait donc et j’imaginais déjà
mon intérieur d’ordinaire dévolu aux chats,
agrémenté des souillures de la bestiole,
avec odeurs en prime. Pendant le voyage, il
n’en menait pas large, le pauvre, essayant
de trouver protection en se glissant entre
mon dos et le dossier du siège.
Quel nom lui donner ? voyons…samoyède…sam…samo…SUMO
! oui SUMO le samo !
Une fois à la maison et
durant les mois qui suivirent, SUMO s’est
employé à démonter non pas mon intérieur,
mais à démonter le scénario
catastrophe que j’avais envisagé.
En fait :
Ses qualités
innées :
Dent douce :
Parmi les jouets que je lui avais proposé,
son choix s’était porté sur un petit agneau
en peluche aux pattes raides qu’il ne
quittait jamais, l’emmenant dans sa gueule
lorsque nous nous promenions en campagne, le
posant au sol lorsqu’il était occupé à
renifler et n’oubliant jamais de le
reprendre en gueule lorsqu’il continuait sa
marche. Jamais il ne l’a déchiqueté.
Il a par ailleurs, toujours
porté très proprement les trouvailles faites
dans les chemins ou les champs (hérissons
vivants, ramier mort) à l’instar du meilleur
retriever. A l’heure actuelle son grand
plaisir consiste à porter fièrement jusqu’à
la voiture mon sac banane.
Odorat subtil :
Il s’est rapidement révélé très fin limier,
prenant son temps pour « lire » une trace,
n’abandonnant jamais avant que d’avoir
abouti. Il me faisait penser à ce
flegmatique basset hound aux paupières
lourdes, détective british de dessins
animés, qui, loupe en patte, trouvait
immanquablement la solution, malgré les
embûches.
Sociable :
Il a été familiarisé à une multitude de
situations et de bruits sans rencontrer
aucune difficulté ; également à l’aise dans
la cacophonie d’une fête foraine ou dans une
forêt de jambes sur les grands boulevards de
la capitale il savait marcher devant en
toutes occasions.
 
Dés son arrivée, les
présentations d’usage furent faites avec la
volaille et les chats qu’il a toujours
respectés par la suite. Il lui est bien
arrivé durant son adolescence de tuer net
une bécasse, cachée dans les hautes herbes
après qu’il l’eût flairé mais uniquement en
l’assommant, car le gaillard, tout comme les
renards, prenait son élan et sautait les 4
pattes jointes sur la cible que son nez lui
indiquait. La pauvre n’y a pas survécu.
Appréciant beaucoup le lapin (pour en avoir
dégusté un petit tout cru, au cours d’une
promenade) il est tout de même devenu le
copain d’un levraut qui m’avait été confié
il y a peu. Par principe, il n’agresse pas
les bestioles que je lui présente et endosse
même le rôle de défenseur à leur égard. Bien
pratique, ma foi...
 
Réfléchi :
Il m’a bluffé à plusieurs reprises alors
qu’il n’avait même pas 5 mois. Pas banal, en
effet, d’observer ce chiot me suivant en
liberté, qui entrait dans des jardins au
portail mal fermé, pour vaquer à ses
découvertes odorantes en conservant la même
direction que moi, bien qu’étant séparé par
la clôture ; arrivant au bout du jardin et
me voyant continuer mon chemin sans pouvoir
me suivre, il était capable de faire demi
tour pour revenir sur ses pas et ressortir
par l’endroit où il était entré, plutôt que
de gémir ou d’aboyer par peur d’être
abandonné.
Forte personnalité :
Étonnant de l’observer dès 2 mois, lorsqu’il
surprenait un chat en flagrant délit de
chapardage dans Sa gamelle. Il s’avançait
alors lentement et sans bruit pour se poster
derrière le voleur de croquettes, lui fixant
la nuque en silence ; sans se retourner, le
félin stoppait net sa razzia, entrait la
tête dans les épaules et s’éclipsait le plus
discrètement possible. Histoire sans parole…
Endurance :
Me suivant dans mes marches en campagne et
dans les bois, il n’a jamais donné aucun
signe de fatigue ou de détresse malgré son
jeune âge.
 
Lors de sa crise
d’adolescence à partir de 7 mois, il s’est
montré sous un jour plus indépendant,
préférant répondre aux sollicitations de son
odorat et aller à la découverte de ses
congénères de rencontre plutôt que de
revenir au rappel ; rien que de très normal
en somme ; tout est d’ailleurs naturellement
rentré dans l’ordre peu de temps après.
 
Après sa castration intervenue à 12 mois,
l’apprentissage au guidage a commencé avec
sorties quotidiennes au harnais dans des
villes environnantes. La durée de
l’exercice, variable en fonction du chien
peut n’être que de 30 minutes au début, la
règle étant d’arrêter avant que l’élève ne
donne des signes d’ennui ou de lassitude. Au
fil des jours l’apprentissage va crescendo
pour atteindre 1 heure ou 1h.30, voire plus
pour certains sujets infatigables.
Au vu des qualités citées plus haut, nous
étions impatients d’observer sa capacité
d’apprentissage et de mémorisation. A part
le fait de renifler très souvent, il se
prêtait fort bien aux exercices avec une
cadence souple et confortable.
4 mois d’efforts nous ont démontré que le
lascar ne voulait pas du rôle que l’on
souhaitait lui faire tenir et certaines de
ses belles qualités devenaient des défauts
sous le harnais.
exemples :
-
Son
odorat subtil associé à sa forte
personnalité en faisait un entêté qui
acceptait de très mauvaise grâce de ne
pouvoir renifler à son gré.
-
Son
endurance aux tractions du collier vers
le haut le faisait tenter et tenter
encore au point de perdre toute
concentration.
-
Sa
forte personnalité le dotait d’un esprit
de décision très marqué….non point pour
solutionner des problèmes de
contournement d’obstacles mais pour
signifier clairement à l’éducateur
qu’après 20 mns d’exercice il était
temps de le rendre à l’anonymat des
chiens communs.
Il avait une technique très
bien rôdée pour se faire comprendre,
ralentissant peu à peu son rythme de marche
tout en cherchant le regard de l’éducateur,
lequel continuait sa route faisant mine de
ne s’apercevoir de rien, et le "décideur
poilu" s’asseyait alors tout net, museau
levé, les yeux braqués sur "son instit"
manifestant par un sitting et une grève sur
le tas son désir d’arrêter l’exercice.
Sans doute par manque d’intérêt pour ce que
nous cherchions à lui inculquer, il ne
mémorisait pas les exercices, si d’aventure
il restait 2 jours sans entraînement.
Oubliés les arrêts aux trottoirs, les
directions ; seul le contournement des
flaques lui demeurait en tête car le bougre
a toujours eu horreur de l’eau !
Toutes les qualités, la pédagogie et les
astuces qu’un éducateur peut posséder ne
peuvent rien contre un chien qui refuse
l’apprentissage ; dans ce domaine, rien ne
peut être imposé. Mais n’est-ce pas une
preuve d’intelligence de la part d’un chien,
que de faire comprendre si clairement ses
choix ?
C’est ainsi que de futur
chien guide, SUMO est devenu représentant de
l’association lors des tenues de stand.
Est-il nécessaire de narrer ses succès
auprès du public ?
 
Élève non consentant, SUMO
s’est révélé en revanche, un excellent
professeur de comportement canin.
Combien d’observations lumineuses nous
a-t-il été donné de voir grâce à lui, au
sein d’une meute de chiens :
-
décision d’entamer le jeu ou d’y mettre
un terme,
-
séparation des belligérants lors d’une
bagarre,
-
préséance des congénères pour le
passage,
-
gestion du territoire avec interdiction
de circuler, selon son bon vouloir.
Et surtout, surtout, il nous
a prouvé que la véritable autorité n’a nul
besoin de gesticulations ou de vocalises
pour s’affirmer, port de tête et regard
appuyé constituant des signaux très lisibles
et respectés par les congénères (ah, si les
humains en prenaient de la graine !)
Il m’a également permis de
constater combien les relations
hiérarchiques évoluent constamment en
fonction des circonstances. A ce propos,
j’ai le souvenir de «TWIN » mâle berger
australien ayant vécu plusieurs mois à mon
domicile avec SUMO, acceptant sans
sourciller sa position de dominé à tel point
que lorsqu’ils marchaient côte à côté, il se
tenait toujours à hauteur de l’épaule du
samoyède et jamais ne le dépassait.
Lorsqu’ils se trouvaient au
sein de la meute des autres chiens en cours
d’éducation, TWIN changeait de comportement,
faisant en sorte de faire le passage pour «
son boss » en donnant de la voix et jouant
de son corps ; il s’activait à contrôler les
jeux et déplacements des autres chiens,
revenant toujours se positionner à hauteur
de « l’ex futur chien guide » lequel vaquait
benoîtement à ses occupations. A la maison « TWIN » était subalterne, dans la meute il
devenait son complice.
Ainsi, j’ai eu la chance
d’avoir sous les yeux l’illustration claire
et concrète de toutes les théories
livresques que j’avais étudiées.
Comme la plupart des chiens,
SUMO est affublé de tas de surnoms mais je
n’en dévoilerai qu’un seul ; son pas de
sénateur et son port altier, nous font
l’appeler "Sa Grâce".
Agé actuellement de 9 ans et
pour continuer d’épater son entourage, il
démontre maintenant de solides qualités de
ratier au flair jamais en défaut, l’œil aux
aguets, capable de rester des heures
immobile, prêt à bondir, ou de se lancer
dans une course rapide pour attraper sa
proie. Promis, juré, le rat ne souffre pas,
secoué tellement vigoureusement par le cou
qu’il s’en trouve explosé. Sa Grâce ne fait
pas toujours dans la dentelle.
 
Pour être tout à fait
objective, je dois avouer qu’il n’est pas
toujours à son avantage en toutes
circonstances :
lorsqu’il m’aperçoit
l’étrille à la main et qu’il rase les murs
pour se cacher derrière un fauteuil ;
lorsqu’il se trouve nez à nez avec des
chiens à face plate et qu’il recule en
grognant comme s’il s’agissait d’extra
terrestres ;
la première fois qu’il s’est
trouvé en présence d’un superbe berger
allemand tout à fait pacifique pourtant, il
a gémi, tremblé et fait piteusement demi
tour.
Mais trop de bravoure confine à
l’inconscience...
 
Les plus riches observations
sont à notre portée si nous savons
écouter,
entendre
et répondre aux messages de
l’animal.
Prendre le contre-pied
systématique ou faire la sourde oreille sous
prétexte d’autorité ou de dominance nous
laissera face à notre ignorance.
Ce sera ma
conclusion.
MCT |